08/25/16

L’EXTERMINATION DES CONGOLAIS EST À LA FOIS PLANIFIÉE ET SYSTÉMIQUE

L’analyste politique Jean-Pierre Mbelu souligne comment l’affaire de la fosse commune de Maluku est liée à la guerre perpétuelle menée contre le Congo, décrypte le processus systémique d’extermination des congolais, analyse la perte de sens de la vie par une partie des populations congolaises, et explique pourquoi les congolais doivent ouvrir le bon œil et organiser la résistance au-delà des divisions partisanes.

Sur le lien entre l’affaire la fosse commune de Maluku et la guerre contre la RDC
La communication du régime peine à convaincre parce que ce régime est fondé sur les anti-valeurs et beaucoup plus particulièrement sur la mort, la cupidité, le mépris des gens et l’instinct de domination.
Les fosses communes, qu’on retrouve à Kinshasa mais aussi au Katanga, à Kananga, à Mbuji-mayi, à Kisangani, ou dans d’autres coins du Congo, ne peuvent être bien approchées et bien comprises que si elles sont replacées dans le contexte général de la guerre perpétuelle qui est menée contre le Congo depuis 1996.
Cette guerre tient à détruire les symboles sociaux et culturels du Congo. Les responsables des villages sont tués, les religieux qui constituent références pour nos populations sont massacrés, nos villages sont désertés, les femmes et même les enfants sont violés, les hommes sont ridiculisés en face de leurs femmes et de leurs enfants.
Il y a cette guerre menée contre les congolais du point de vue psychologique, du point de vue culturel, du point de vue social et cette guerre tient à détruire chez les congolais et les congolais et congolaises toute velléité de résistance contre l’ordre néolibéral et raciste que ceux qui ont orchestré cette guerre là tiennent à imposer aux congolais.
Voilà ce qui se passe : Comme les symboles protecteurs du Congo sont détruits, surtout dans l’arrière pays, les populations congolaises désertent les villages, qui sont après occupés par les nègres de service de l’ordre néolibéral. Ces populations vont ensuite s’entasser dans les cités et bidonvilles et là ils tombent dans l’anonymat. Ils y souffrent de la faim, de l’indifférence et de différentes malades. Ils peuvent y mourir dans l’indignité.
Sur la justice au Congo
Dans ce pays, depuis la guerre de l’AFDL, les tribunaux n’ont jamais et n’ont pas encore jugé les criminels de guerre.
Pour pouvoir mettre fin à cette guerre perpétuelle, il avait été prévu que l’on crée au pays la commission vérité et réconciliation. Nous, nous la dénommons la commission justice, vérité et réconciliation. Cette commission n’a jamais vu le jour.
A la publication du rapport Mapping, il a été prévu qu’on puisse créer au Congo des chambres mixtes pouvant aider le pays à exercer la justice à l’endroit des criminels de guerre et criminels contre l’humanité. Les chambres mixtes n’ont jamais vu jour.
Si aujourd’hui, Mende cherche à nous convaincre que toute la vérité et toute la justice pourront être faites sur les fosses communes de Maluku, croire en ce qu’il dit, c’est se leurrer. Nous avons affaire à un régime mortifère, à une association de malfaiteurs impliqués dans l’imposition du système néolibéral aux populations congolaises. Leurs discours participent de l’instauration de ce système au Congo.
Sur l’extermination des congolais
Si nous ne faisons pas attention, nous allons disparaître comme peuple. Nous sommes là depuis 1996 en face d’une planification systématique de l’extermination des congolais. Tous les moyens sont possibles pour exterminer les congolais, balkaniser le pays, l’offrir aux agents du néolibéralisme et aux autres racistes qui tiennent à effacer les traces des congolais de cet espace géographique.
Nous devons faire très attention, l’extermination des congolais est à la fois planifiée et systémique. C’est avec la guerre de l’AFDL que cette extermination s’est intensifiée mais il faut se rappeler que pendant « la colonisation », il y a eu au moins 10 millions de congolais qui ont été tués.
Il y a derrière tout ce qui est en train de se passer au Congo beaucoup de racisme, beaucoup de mépris à l’endroit des congolais et aux efforts qu’ils sont en train de déployer pour devenir un peuple libre , capable de s’autodéterminer et vivre dans un pays souverain. C’est contre cela que le régime agit, et qui dit régime dit petites mains de l’ordre ultralibéral.
Sur la perte du sens de la vie
Il est en train de se passer dans notre pays, quelque chose de trop grave. On va montrer à nos populations comment, dans les morgues de certains hôpitaux, une partie de notre population meurt dans l’indifférence. Et le peuple congolais est en train d’être classifié par les peuples indigents, mendiants, qui peuvent mourir dans l’indignité et l’indifférence. Or, on ne cesse de nous dire qu’au Congo, la croissance est à deux chiffres. Avec ces morts qu’on entasse, cette histoire de croissance à deux chiffres se révèle être un mensonge cousu de fil blanc. Mais il y a pire, avec ces morts que l’on entasse et que l’on va jeter dans les fosses communes, le congolais moyen a perdu tout sens du respect de la vie et de la mort. C’est ce que ce régime est en train d’étaler au grand jour. Pour les congolais, africains de surcroît, qui ont appris à enterrer leurs morts dans la dignité, tomber dans ce qui se passe maintenant, commencer à parler des indigents, commencer à parler des mendiants qui meurent dans l’indifférence générale, c’est un mauvais signe. C’est signe que nous sommes sur une pente très glissante de l’extermination des congolais, mais aussi sur une pente très glissante de la perte du sens de la vie et du sens de la mort. Quand une bonne partie du peuple en arrive là, ce peuple est appelé à disparaître.
Le peuple congolais est un peuple brutalisé que le régime cherche à anéantir par tous les moyens.
Ces méthodes brutales, qui conduisent à l’extermination de notre peuple, vont davantage être utilisées. Et à l’approche de 2016, il n’est pas exclu que la politique de la terre brûlée puisse être utilisée au Congo.
Le danger est sérieux, l’extermination planifiée et systématique est mise en place. Nous devons pouvoir ouvrir l’œil et le bon. Et arriver à pouvoir dépasser tout esprit partisan pour créer des mouvements de résistance qui s’inspirent des grandes luttes que nos ancêtres ont mené, de l’esclavage à l’indépendance en passant par la colonisation.
Sur le mode de fonctionnement du régime au Congo
Si nous remontons au rapport Kassem de 2002 et au fonctionnement du réseau transnational de prédation au Congo, on se rend compte que, depuis toujours, il y a des réseaux de la mort qui fonctionnent pour que ce régime puisse tenir le coup. Mais nous pouvons tout simplement prendre comme exemple cette guerre. A un certain moment, nous oublions que plusieurs qui sont morts du régime actuel viennent des rébellions montées par les pays qui ont été utilisés dans la guerre contre le Congo.
Christopher Black a très explicitement écrit que le but de la guerre menée contre l’Ouganda et le Rwanda était de pouvoir arriver au Congo et que le Rwanda et l’Ouganda ont servi de tremplin. Dès que nous perdons de vue, le bien fondé de la guerre menée contre le Congo en 1996, nous n’arrivons plus à voir clair et nous avons tendance à prendre le régime actuel comme un gouvernement normal. Non, c’est un régime fondé sur la mort, la fraude, la tricherie et le mensonge, et pour se maintenir, il doit recourir à ces méthodes là.
Sur Kabila et l’approche de 2016
Kabila n’a pas de dauphin. Il va tout faire avec ses amis pour pouvoir truquer les élections locales et provinciales et trouver soit le moyen d’organiser un référendum qui reviendrait sur l’article 220 soit trouver un subterfuge qui lui permettrait de pouvoir se maintenir au cœur de son régime jusqu’après 2016.
Nous devons nous faire à l’idée que le soutien de certains de ses parrains ne lui a pas encore été retiré. La fin 2015 et le début 2016 risque d’être très tourmenté au Congo. Et Kabila est prêt à tout pour rester khalife à la place du khalife. Ce n’est pas pour rien que, selon certains bruits, Kabila aurait frappé à mort Apollinaire Malu Malu.
Les congolais doivent rester en éveil et comprendre qu’il faut aller au-delà de leurs esprits partisans, de leurs divisions pour arriver à créer un grand mouvement de résistance contre l’ordre esclavagiste, néocolonial et néolibéral qui tien à écraser et tirer sur tout ce qui bouge.

04/16/16

RD Congo – Les Clinton : Compte à rebours pour une apocalypse au Congo

La nouvelle n’a pas fait grand bruit, et pourtant elle devrait : Hilary Clinton est candidate à la présidence des Etats-Unis. Une information anodine mais qui pourrait être le point de départ des bouleversements géopolitiques catastrophiques dans la région des Grands Lacs. Pour rappel, c’est l’administration Clinton qui provoqua les deux Guerres du Congo derrière les présidents rwandais Paul Kagame et ougandais Yoweri Museveni, essentiellement autour de l’enjeu des gisements miniers congolais dont le coltan indispensable à la fabrication des nos téléphones portables. L’aventure meurtrière va causer la mort de six millions de Congolais, la moitié étant des enfants, et occasionner le viol de plus de cinq cent mille femmes. Si les temps ont changé, les objectifs stratégiques des Américains sur le Congo sont restés quasiment les mêmes, et ils sont terriblement nocifs. Le moins qu’on puisse dire est que les Clinton, en cas de victoire des démocrates en décembre 2016, reviennent à la Maison Blanche pour « finir le boulot ».

Ne nous berçons pas d’illusion : la justice pour les millions de morts du Congo et les centaines de femmes violées et contaminées, ce n’est pas pour demain. Le Congo est, au contraire, au point d’entrer dans les pires moments de son histoire. Autant on devrait être préoccupé pour les Irakiens en cas d’un retour des Bush à la Maison Blanche, autant il faut se préoccuper pour les populations congolaises en cas de retour des Clinton à la Maison Blanche.

Les objectifs des Américains sur le Congo

Lorsqu’éclate la Première Guerre du Congo en 1996, les Américains ont au moins trois objectifs stratégiques : chasser Mobutu et les Français de la région des Grands Lacs, prendre possession des gisements miniers de l’Est du Congo et entraîner le pays vers sa dislocation (balkanisation). Les riches régions de l’Est doivent être annexées au Rwanda de Kagame et à l’Ouganda de Museveni, ce que Herman Cohen va affirmer sans se gêner[1]. Les populations autochtones congolaises vont toutefois s’opposer aussi bien aux agressions contre leur pays qu’à l’occupation qui préparait son démembrement. Américains, Rwandais et Ougandais vont alors « faire simple » : cibler directement ces populations par des massacres, des viols et des déplacements forcés afin de briser leur sentiment national, tout en assurant la totale impunité aux généraux rwandais et ougandais qui organisaient ces atrocités. L’idée qui se dissimule à peine est qu’à force de massacrer ces populations, de les violer, de les chasser de leurs terres et de les humilier, elles finiraient par se persuader que le pouvoir de Kinshasa les a abandonnées et se soumettre, malgré elles, aux pouvoirs de leurs oppresseurs rwandais et ougandais[2]. Mais deux décennies plus tard, le projet peine à se réaliser. Les Congolais restent toujours attachés à l’unité de leur pays malgré les massacres qui se poursuivent en toute impunité, ce qui doit terriblement agacer les stratèges de la coalition américano-rwando-ougandaise.

Le retour des Clinton à la Maison Blanche va sûrement donner un coup d’accélérateur à ce projet inspiré de la stratégie du « chaos constructeur »[3]. Le malheur pour les Congolais est qu’ils ne disposent d’aucun moyen pour véritablement faire face. Ni les autorités actuelles de Kinshasa, ni l’armée nationale ne sont en situation de dissuader les Américains de relancer une nouvelle aventure meurtrière au Congo. Encore moins la Monusco (Mission des Nations unies au Congo).

Un Etat et une armée rongés de l’intérieur

Une nation ne peut efficacement faire face à une menace de l’extérieur que si elle est bâtie et structurée sur une solide cohésion intérieure. Sur ce point, le Congo, depuis l’arrivée de Joseph Kabila à la tête du pays, a créé toutes les conditions de sa propre vulnérabilité. Les Congolais découvrent année après année que l’homme à la tête de leurs institutions est, en réalité, un agent au service des pouvoirs tutsi/hima du Rwanda et de l’Ouganda, les deux pays par lesquels Américains et Britanniques organisent des agressions contre le Congo. Les Congolais découvrent également que ce qu’ils croient être leur « armée nationale » est en réalité une institution contrôlée par des généraux rwandais massivement infiltrés dans les institutions congolaises en application d’une série d’accords secrets entre Kabila et Kagame. Cette armée-là est si peu fiable qu’en dépit de la bravoure de nombreux soldats, au front, les Congolais sont une nation condamnée d’avance à des défaites face aux agresseurs rwando-ougandais. Ils contrôlent la hiérarchie de l’armée qui, sur ordre de Kigali ou de Kampala, sabotent sans état d’âme les opérations sur terrain. Cette armée-là ne protégera donc pas la population, et c’est le moins qu’on puisse dire.

Les amis du peuple congolais ?

Les Congolais peuvent-ils compter sur des pays amis ? Pas si sûr. Depuis la création du Congo en 1885, les puissances occidentales aiment le Congo pour ses richesses mais pas pour ses habitants, quelle que soit l’ampleur des massacres qui se déroulent dans le pays. Quant aux pays africains, trop peu ont les moyens et la motivation d’intervenir pour aider la population. En 2013, les soldats tanzaniens sont vigoureusement intervenus dans le Kivu pour chasser les hommes de Kagame. Mais il ne s’agissait pas de venir aider les populations congolaises. Il s’agissait, pour le président tanzanien Jakaya Kikwete de montrer ses muscles à Paul Kagame avec qui il était en conflit ouvert. Depuis, les Tanzaniens ont amorcé un processus d’apaisement avec le régime de Kagame. Les Congolais doivent donc inventer d’autres moyens de se protéger, ce qui n’est pas évident. Leurs propres autorités sont tellement impliquées dans les complots contre le Congo qu’elles n’attendent que le signal pour livrer le territoire national à l’ennemi et abandonner leurs populations à la merci des agresseurs, comme elles ont pu le faire à de trop nombreuses occasions[4].

Comment donc ce peuple peut-il se protéger contre la menace américaine puisqu’il ne peut même pas compter sur ses dirigeants ? C’est la question à laquelle il va falloir méditer d’ici au retour annoncé des Clinton à la Maison Blanche. Mais même si le Congo avait un Etat crédible et une armée solide, on ne l’imagine pas pouvoir faire face à la poussée destructrice des Américains. La destruction de la Libye de Kadhafi en 2011 et de l’Irak de Saddam Hussein en 2003 nous enseigne qu’il faut un autre niveau de capacités militaires pour dissuader les Américains.

La piste de Moscou ?

En désespoir de cause, on peut envisager le scenario d’une alliance stratégique entre le Congo et la Russie, la seule puissance à l’heure actuelle capable de tenir tête aux Américains. Mais une telle alliance est le produit de difficiles négociations entre chefs d’Etat. On n’imagine pas Joseph Kabila allant rencontrer Vladimir Poutine pour le prier de venir en aide aux populations congolaises dont la vie est maintenant menacée par les changements annoncés à la Maison Blanche. Non seulement les hommes de Kagame qui contrôlent les institutions de Kinshasa ne laisseraient pas Kabila faire venir les Russes au Congo, mais surtout les Russes ne sont pas dupes. Ils ne vont pas risquer la vie de leurs agents dans un pays où les autorités ont sciemment fait entrer les ennemis de leurs populations dans tous les rouages de l’appareil d’Etat. Il faudrait avant tout que les Congolais se débarrassent des infiltrés. Un casse-tête. La dernière fois qu’ils l’ont fait, le pays a sombré dans la Guerre, la Deuxième Guerre du Congo, le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre Mondiale. Et le président qui a fait partir les infiltrés, Laurent-Désiré Kabila, a été assassiné dans son palais[5]. On en est donc là.

Un pays est menacé dans son intégrité, des populations vont être massacrées, violées et chassées de leur terre, mais aucune mesure préventive n’est envisageable. Il faudra juste, au fil de la campagne présidentielle américaine, habituer les Congolais à l’idée que « la mort arrive ». Une fois de plus. Mais, curieusement, peu de politiciens de Kinshasa perçoivent la menace. Par opportunisme ou ignorance, ils sont nombreux à se rendre à Washington pour solliciter de devenir calife à la place du « calife Kabila ». Ils oublient naïvement que les Américains ne peuvent aider un dirigeant congolais à devenir « le prochain président » que si celui-ci souscrit à leurs objectifs stratégiques qui passent par le démantèlement du pays, le pillage de ses ressources et l’anéantissement de ses populations[6]. Si Dieu existe, c’est au Congo qu’il va falloir le loger dans la perspective du retour des Clinton à la Maison Blanche. A défaut, préparons-nous à visionner de nouvelles images macabres en provenance du Congo.

Boniface MUSAVULI

04/5/16

Oradour-sur-gagne, le Makobola congolais ?

Le mardi 10 juin 2014, en couvrant pour Réveil FM International le déplacement du Premier ministre Manuel valls à Oradour-sur-Glane, j’ai vu le village martyr et ce qu’un être humain épris d’une idéologie fasciste est capable de faire. J’ai été très ému et les larmes ont coulé de mes yeux. Le nom d’Oradour-sur-Glane reste attaché au massacre de sa population par la division SS Das Reich le 10 juin 1944. La petite cité est aujourd’hui divisée en deux entités, dont le centre de la mémoire constitue en quelque sorte le trait d’union : l’ancien village, conservé à l’état de ruine, qui témoigne des souffrances infligées aux hommes, femmes et enfants de cette petite bourgade, et le nouveau village, reconstruit quelques centaines de mètres plus loin.

A Makabola dans le Sud-Kivu, des civils ont été tués de manière délibérée et arbitraire, torturés, violés ou contraints à fuir leur foyer. Les Congolais doivent se souvenir de Makobola. Les Congolais ne doivent pas oublier Makabola. Doit-on pardonner sans la justice ? La justice est la colonne vertébrale d’un état de droit ! Qu’Alexis Tambwe Mwamba, Arthur Zaïdi Ngoma et d’autres congolais qui ont minimisé le massacre de Makobola sachent que l’histoire peut les rattraper.

10 juin, Freddy Mulongo, au Village martyr à Oradour-sur-Glane

Des groupes locaux de défense des droits humains avaient établi des listes recensant plus de 800 victimes présumées du massacre de Makobola. « Dans la nuit du 29 au 30 et 31 décembre 1998, plusieurs centaines de familles et autres personnes y compris les femmes, les enfants et les vieillards, ont été massacrés par les troupes rebelles du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) à Bangwe, Katuta et Kashekezi, trois localités qui forment le village de Makobola II dans la zone de Fizi à quelques 15 km au Sud d’Uvira. Certaines victimes, toutes congolaises, sont déjà connues, dont : Ndama-Rusangira, diacre catholique de la Diaconie de Makobola ; Godesenge plus un secouriste de la Croix-Rouge avec son épouse et ses cinq enfants ; Kinyamagoya, pasteur de l’Eglise Protestante à Makabola avec ses sept enfants ; Elanga Mushunguto, Chef d’équipe de la Croix-Rouge à Makobola avec son épouse et ses quatre enfants ; Malaki-Kitungano, secouriste de la Croix-Rouge à Makobola ; la famille Leta Magumu (onze personnes) ; la famille Nabigoberera (dix-huit personnes) ; M. Stongwa ; M. Maneno avec ses sept enfants ; M. Byaku Bongya avec son épouse et ses enfants ; Mme Malata avec ses deux enfants ; Mzee Bili Onyuma avec ses quatre enfants et quatorze petits-fils et trois belles-filles « . Combien sont-ils morts ? Au moment où cette ONG recevait ce message, « le secteur était fermé et interdit à toute circulation, même à l’administrateur civil nouvellement nommé par le mouvement rebelle. Le massacre a été commis par les combattants Banyamulenge dirigés par un commandant d’origine rwandaise, très connu à Uvira sous le sobriquet de Shetani (le diable en français).

Entre le 15 et le 20 octobre 1999, des soudards appartenant au Rassemblement « congolais » pour la démocratie (RCD-Goma), ont tué en public au moins 12 femmes, à Mwenga, dans la province du Sud-Kivu. Ces femmes étaient accusées de pratiquer la sorcellerie et de soutenir ainsi un groupe d’opposition armé appelé Maï maï (Eau eau), qui luttait contre le RCD. Certaines des femmes ont été enterrées vivantes après avoir subi d’atroces tortures, dont le viol. Parmi les victimes se trouvaient Everine Bitondo Lumini, Christine Safi et Musombwa Mbilizi.
Après avoir en un premier temps nié les faits, le RCD-Goma avait affirmé que ces femmes avaient été lynchées par des civils. Le RCD-Goma avait arrêté un commandant militaire de la région au motif qu’il n’avait rien fait pour prévenir les lynchages. Ce commandant figurait, semble-t-il, parmi les quelques dizaines de détenus qui s’étaient évadés de la prison centrale de Bukavu le 5 février 2000. À la connaissance d’Amnesty International, il n’avait été procédé à aucune autre enquête ni aucune autre poursuite dans cette affaire.
L’année 1999 avait débuté par l’un des plus importants massacres commis par le RCD-Goma et ses alliés rwandais et burundais à Makobola, dans le Sud-Kivu. Tout avait commencé le 30 décembre 1998, à la suite d’un affrontement armé ayant opposé le RCD-Goma et ses alliés à des combattants Maï Maï, et qui s’était prolongé pendant trois jours. Après le départ des Maï Maï, le RCD-Goma ainsi que les forces rwandaises et burundaises s’étaient pris à la population locale, tirant sur toute personne qu’ils apercevaient. Certains civils avaient été conduits dans des maisons et brûlés vifs. Parmi les victimes se trouvaient Amisi Wenia, un travailleur local de la Croix-Rouge, et son épouse, Nakamusenge Wenia, qui était décédée à l’hôpital d’Uvira des suites de brûlures : elle s’était réfugiée dans une maison à laquelle le RCD-Goma et ses alliés avaient mis le feu.

Conglomérat des seigneurs et criminels de guerre tous azimuts, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) est un mouvement criminel contre la République démocratique du Congo. Certains congolais ont donné une caution à ce mouvement criminel pour se retrouver à la mangeoire. Tuer, assassiner, piller, violer, n’a jamais posé problème aux seigneurs de guerre qui avec la Transition 1+4=0 ont été blanchis de leurs crimes en occupant des postes importants de la République.
RCD — Kisangani
En mai 1999, le président du RCD, Wamba dia Wamba(1), mis en minorité dans son parti décide de former son propre mouvement. Il s’installe à Kisangani et crée le RCD-Kisangani (on parle dès lors du RCD-Kisangani et du RCD-Goma, dirigé par Émile Ilunga Kalambo.

RCD — Mouvement de Libération (RCD-ML)
En août 1999, après la victoire de l’Armée Populaire Rwandaise contre les troupes ougandaises à Kisangani provoque le départ du président du RCD-Kisangani, Wamba dia Wamba, à Kampala (Ouganda) où il crée le RCD-Mouvement de Libération (RCD-ML) également connu sous l’appellation RCD¬Kisangani/Mouvement de Libération (RCD-K/ML). Son quartier-général était située à Bunia (RDC), dans la Province Orientale, à l’Est du lac Albert. Le RCD-ML formait une aile militaire, Armée du Peuple Congolais (APC), et recrutait alors des combattants dans les ethnies Nande et Hema, qui étaient formés dans les camps de Nyaleke à Beni et de Rwampara à Bunia.
L’APC était composée de bataillons de 500-700 hommes, dont les commandants étaient subordonnés directement à Wamba, simultanément Commissaire à la Défense et Président du mouvement. Parmi ceux-ci, le bataillon Usalama était déployé dans le secteur de Bunia. Au début 2000, avec le pouvoir croissant acquis par les dirigeants locaux du mouvement, Wamba créait une Unité de Protection Présidentielle (UPP), dont les membres étaient triés sur le volet et provienaient de l’ex-armée zaïroise et de déserteurs des Forces Armées Congolaises (FAC) du Président Kabila. Environ 2% des membres de l’UPP provenaient du Bas-Congo, région d’origine de Wamba.

Le mouvement s’était désagrègée et les défections étaient nombreuses. En juillet 2000, des Hema et Tutsis, membres militaires du RCD-ML, rejoignaient les milices Hema dans la brousse. Le mouvement s’était décomposée et donnait naissance au RCD-National, tandis que le reste du RCD-ML se regroupait au Nord de Goma et déplacait son quartier-général à Beni.
Le RCD-ML tentait de fusionner, en janvier 2001, avec le Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba pour former le Front de Libération du Congo (FLC), soutenu par l’Ouganda.
En 2003, le RCD-ML était dirigé par Mbusa Nyamwisi. Sa zone opérationnelle s’étendait sur les territoires de Beni et de Lubero avec son épicentre dans la ville de Butembo (au nord-est du Lac Edouard, Nord-Kivu).

RCD-Goma
Le 28 octobre 2000, Kalambo démissionnait et était remplacé à la tête du RCD-Goma par Adolphe Onosumba Yemba (ancien responsable du département des Relations extérieures du RCD) qui devenait président du RCD et chef suprême de ses forces armées. Le président du RCD présidait le Conseil Supérieur de l’Armée (CSA), créé le 3 novembre 2000.
L’Armée Nationale Congolaise-RCD (ANC-RCD) constituait le bras armé du RCD-¬Goma. Ses effectifs étaient estimés à 17 000 — 20 000 soudards issus de l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL), des Forces Armées Congolaises (FAC) et de Rwandais dont les unités étaient stationnées au Kivu en 1998. Elle a toujours été soutenue le Rwanda, pays agresseur de la République démocratique du Congo.

Le CSA avait autorité sur l’état-major général de l’ANC-RCD, qui était dirigé par le commandant Sylvain Buki, avec pour adjoints le commandant Malik Kijege, responsable des opérations et le commandant Gabriel Amisi (alias Tango Fort), responsable de la logistique.
Ce changement avait donné l’occasion d’une restructuration du mouvement avec notamment la création d’un secrétariat général, dirigé par Azarias Ruberwa Manywa. Le RCD s’était doté de chefs de départements en majorité des Rwandais « pseudo-Congolais », parmi lesquels Bizima Karaha (Administration et sécurité du territoire), Moïse Nyarugabo (Justice, droits de l’homme et règlement des conflits), Joseph Mudumbi (Relations extérieures et coopération), Emmanuel Kamanzi (travaux publics et aménagement du territoire), le Commandant Jean-Pierre Ondekane (Forces Armées) et Kin-kiey Mulumba (Communication et Culture).

A la fin novembre 2002, le RCD-Goma avait nommé 9 généraux, 28 colonels et 48 lieutenants-colonels, en vue de la formation d’une armée congolaise unifiée qui regrouperait les forces armées gouvernementales et rebelles. Etaient promus au rang de général de division le président du RCD, Adolphe Onusumba, le chef d’état-major de l’ANC-RCD, Sylvain Buki, et l’ancien chef du Haut Commandement Militaire du RCD, Jean-Pierre Ondekane. Malik Kijege et Gabriel Amisi étaient nommés généraux de brigade.
Depuis 2003, le RCD-Goma est présidé par Azarias Ruberwa. Il est soutenu par le Rwanda, son pays d’origine.

RCD–Congo
Faction du RCD-Goma apparue en juin 2002, dirigée par Kin-kiey Mulumba.
RCD-National (RCD-N)
Faction dirigée par Roger Lumbala et issue du RCD-ML.