01/4/17

Charles Onana : « Ce que je craignais pour la RDC est bel et bien arrivé »

 

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Ce que je craignais pour la RDC est bel et bien arrivé. Ils se sont précipités à la soupe. Ils ont couru à la chasse aux sièges ou aux strapontins, humiliant le pays tout entier, foulant au pied la constitution de la RDC, ignorant les millions de morts Congolais, oubliant les sacrifices consentis depuis des années par la jeunesse de ce pays et par les Maï-Maï, que le communauté internationale avait traité de « forces négatives » alors qu’ils luttaient contre l’occupation de leur pays par le Rwanda et l’Ouganda.

A Kinshasa, il y a eu de l’effervescence ces derniers temps. On aurait discuté dans le dessein de sortir le pays d’une crise politique aiguë et certains se sont traînés ou ont été traînés dans de pseudo-négociations pour parvenir, au terme de prétendus débats houleux, au maintien de Kabila au pouvoir ; jetant à la poubelle la constitution et piétinant au passage la dignité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo.

Et la date du 19 décembre qu’ils brandissaient aux Congolais ? « Vous verrez, il partira », martelaient-ils dans les médias et les forums sur internet à propos de Kabila. Il n’est pas parti. Pis, ils se sont tous rués à ses pieds, se battant ou se bousculant, pour le servir ou rester à ses côtés, lâchement, indignement et pitoyablement. Toute honte bue, jusqu’au mépris de soi et à l’aliénation de soi, ils ont affiché ce que l’Afrique a de laid et de servile.

Quand rendrez-vous au peuple congolais sa fierté et la justice pour : ses millions de morts, ses centaines de milliers d’enfants traumatisés, ses milliers de femmes violées, ses centaines de réfugiés, ses villages défigurés, ses forêts dévastées ? Quand oserez-vous tutoyer l’occupant qui, chaque jour, vous humilie, vous rabaisse, vous met plus bas que terre et se pavane dans vos rues, cherchant du regard celui ou celle qui osera le défier ? Avez-vous vraiment oublié les propos de Paul Kagame, votre bourreau arrogant ex-maquisard à la culture sommaire, celui qui empêche vos femmes et vos enfants de circuler librement à l’Est du pays, celui qui, depuis 2001, s’attelle au pillage de vos ressources naturelles et qui arrive le jour du cinquantenaire de l’indépendance du Congo avec deux heures de retard avant de s’affaler dans son fauteuil à la tribune pour feuilleter un journal sans intérêt sur son soldat Kabila, question de bien vous faire comprendre que vous n’êtes rien chez vous et que vous ne pouvez rien contre lui ?

 

C’est bien cet homme-là qui a choisi votre président périmé que vous avez indélicatement reconduit et qui vous roule dans la farine depuis 2001. C’est bien celui que vous appelez en privé « le taximan » qui vous épuise ou qui vous fait danser comme des marionnettes et qui a refusé de partir le 19 décembre 2016 (fin de son mandat) alors que vous parliez à qui voulait vous entendre du respect de la constitution.

Paul Kagame, dont vous avez peur de prononcer le nom à Kinshasa pousse, avec votre appui direct ou indirect, la RDC au suicide et ne cesse de tenir des propos désobligeants à l’égard des Congolais en soulignant notamment que la classe politique congolaise est incapable de régler ses problèmes ou ceux qu’il cause lui-même à la RDC. Et chaque fois, vous vous taisez, vous pliez, vous baissez le regard, vous lui donner raison.

L’ancien Premier ministre rwandais, Faustin Twagiramungu, écœuré de vous voir tourner en rond à la veille de Noël, a dit, à haute voix, que c’est Kagame qui a choisi votre président avant de se demander, en parlant de Kabila, « comment un aide de camp de Kabarebe, l’actuel ministre de la Défense du Rwanda, est devenu multimillionnaire et président de la RDC ».

Ce Kabarebe lui-même s’en était vanté dans la presse en disant : « Joseph a eu les pires difficultés à s’adapter à la vie de soldat. (…) Il ne savait pas quoi faire. Je lui ai donc tout appris ». Il ajoutait : « Joseph Kabila est incapable de regarder les gens en face. Je n’ai jamais perçu chez lui, une quelconque aptitude au commandement ». Pourtant, ce Joseph, votre « taximan », vous commande et dirige la RDC depuis 15 ans. Le peuple n’en veut plus mais vous le supportez en acceptant gloutonnement ce qu’il vous fait avaler. Vous avez frénétiquement relayé l’appel du 19 décembre 2016 du parlement européen avec le slogan « Kabila doit partir ». Il est toujours là et vous allez peut-être bientôt l’applaudir. Votre slogan est-il mort le 19 décembre ou l’avez-vous enterré ? La montagne a-t-elle accouché d’une souris au point que vous préférez cajoler cette bête disgracieuse ? Et les promesses au peuple congolais après le 19 décembre ? Que sont-elles devenues ? Et l’espoir de la jeunesse qui a manifesté dans la diaspora croyant que Kabila partira, vous en faites quoi ?

Et tous ces jeunes « combattants » qui, à Londres, Paris, Montréal, Bruxelles, essayent avec des moyens dérisoires de redresser l’honneur du Congo et de rendre à leur façon la dignité aux Congolais, vous en faîtes quoi ? Ils sont fichés les uns et autres à Kinshasa et ne peuvent rentrer passer des vacances chez eux. Avez-vous plaidé leur cause dans vos négociations ?

A Kinshasa, vous êtes « fiers » d’avoir négocié, un peu comme à Sun City, Naïrobi, Kampala, Lusaka, Addis-Abeba, … pour finalement gouverner avec Joseph, qui ne part pas, et avec Azarias & Co. Vous avez mobilisé la jeunesse congolaise sur internet, dans les associations et meeting pour rester finalement avec Joseph, le troisième œil de Kigali, et bredouiller aujourd’hui quelques phrases incohérentes ? Vous avez donc accepté que le dictateur rwandais et son réseau congolais vous dominent à nouveau et vous humilient chez vous en leur disant merci : tête baissée, visage bosselé et apeuré ? Non ! Vous n’allez tout même pas faire ça ? Vous n’allez pas vous constituer en esclaves volontaires à ce point et marcher piteusement sur vos millions de cadavres parce que vous pensez que l’occupant est « plus fort » que vous ? Vous n’allez pas infliger une telle infamie à votre peuple qui endure déjà beaucoup depuis la période coloniale ?

De toutes façons, si vous préférez courber l’échine au point de ne plus en avoir parce que vous croyez que ceux qui terrorisent votre peuple sont « plus forts » que vous, nul ne peut vous en dissuader ! Si vous êtes convaincus que vous avez bien « négocié » avec votre Joseph, nul ne peut prétendre que vous vous êtes peut-être trompés ; même s’il est établi que les multiples « négociations » de dupes sur la RDC depuis plus de dix ans participent de votre asservissement. Si vous croyez dur vraiment que vous avez raison, nul ne peut vous susurrer que vous manquez de cran.

Que n’avez-vous pas dit du maréchal Mobutu ? Qu’il était le serviteur des colons belges et américains, qu’il était le laquais de l’impérialisme, etc. Et vous, vous êtes les serviteurs et les laquais de qui pour ramper de la sorte et depuis (1998) tant d’années ?

Non ! Je crois sincèrement que le maréchal, avec tous ses défauts, n’aurait jamais accepté ce que vous acceptez actuellement en RDC et ce depuis Sun City. Même Laurent-Désiré, que les Rwandais avaient porté au pouvoir, avait refusé d’être traité comme un chien chez lui par Kagame et ses hommes. Il a dit Non et s’est battu comme un lion. Quant à Patrice Lumumba, il doit se retourner dans tous les sens là où il est en se demandant ce qui s’est passé pour que son Congo tombe si bas. Patrice, pardonne leur, « ils ne savent pas ce qu’ils font », peut-être qu’ils sont trop faibles pour porter très haut la flamme que tu as si noblement porté pour le Congo et pour l’Afrique jusqu’à accepter dans la dignité le sacrifice suprême. Que dire de Mgr Munzihirwa, l’archevêque de Bukavu, lâchement assassiné par les hommes de Kagame ? Il a vaillamment défendu son peuple et vous n’osez même plus prononcer son nom ! Vous avez peur de quoi ? Vous craignez qui pour demander vérité et justice sur sa mort ? Avec de si grands hommes morts pour le Congo et défendant le peuple congolais, votre capitulation et votre défaite souillent leur mémoire et trahissent leurs espoirs.

Ce propos que certains jugeront précipitamment comme un réquisitoire n’en est pas un. C’est un simple appel à vos consciences ou ce qu’il en reste, un encouragement à assumer vos responsabilités dans la dignité pour ceux qui pensent en avoir, un recours à l’imagination pour ceux qui pourraient encore la réveiller. La RDC ne doit pas tomber si facilement alors que de dignes fils et filles de ce pays continuent de mourir, à la suite de Munzihirwa, comme Chebeya et Tungulu et des milliers d’autres à l’Est pour que la RDC reste debout. Et elle est debout depuis 1998 par la force, la volonté et le courage de millions de Congolais que Kinshasa ne respecte pas. Cette résistance congolaise doit continuer partout car ce pays mérite mieux que ce qui s’y passe en ce moment. C’est ce que pense d’ailleurs l’ancien Premier ministre rwandais lorsqu’il lance dans un tweet du 26 décembre : « il est temps que les jeunes Congolais de l’intérieur et de l’extérieur se mobilisent pour sauver leur beau pays du néocolonialisme ». Il connaît votre bourreau, il l’a côtoyé de près et vous invite au combat pas à la résignation.

Bonne année au peuple Congolais qui, en cette période trouble et pleine d’incertitudes, doit continuer à chanter « indépendance Tcha Tcha » pour signifier qu’il comprend le sens du retour d’Azarias Ruberwa au premier plan et les prolongations non constitutionnelles de Joseph après la défaite des Clinton aux USA. Seuls les aveugles ne voient pas et seuls les sourds n’entendent pas. Si l’on décide d’être à la fois sourd, aveugle et muet, par dessus tout, il est préférable de quitter Kinshasa et de s’exiler au Rwanda, on y sera bien reçu.

Charles Onana

01/1/17

Rapport sur les violations des droits humains au Congo Kinshasa

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO (RDC) 2015/2016

L’État a réprimé plus durement les mouvements de contestation contre les efforts déployés par le président Kabila pour se maintenir au pouvoir au-delà des deux mandats autorisés par la Constitution. Les violations des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique se sont accrues. Des défenseurs des droits humains, de jeunes militants et des responsables politiques ont été menacés, harcelés, arrêtés arbitrairement et, parfois, condamnés pour l’exercice pacifique de leurs droits. Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la situation en matière de sécurité restait instable, de nombreux groupes armés se rendant coupables de graves atteintes aux droits humains et de violations du droit international humanitaire. L’armée congolaise et la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) n’ont pas su protéger la population, ce qui a provoqué de lourdes pertes civiles et des déplacements massifs.

Contexte

Des informations qui laissaient entrevoir une modification de la Constitution, entre autres tentatives de violations du droit international humanitaire. L’armée congolaise et la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) n’ont pas su protéger la population, ce qui a provoqué de lourdes pertes civiles et des déplacements massifs.

Contexte

Des informations qui laissaient entrevoir une modification de la Constitution, entre autres tentatives de prorogation de la présidence de Joseph Kabila, ont déclenché des manifestations et suscité de très nombreuses critiques.

Le gouvernement a lancé en février un processus de décentralisation, divisant les 11 provinces du pays en 26 entités. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’a pas réussi à organiser les élections locales prévues pour le 25 octobre, ni les élections des gouverneurs des nouvelles provinces. Le 29 octobre, le président a désigné des commissaires spéciaux à la tête de ces provinces. En octobre, le président et le vice-président de la CENI ont démissionné, ce qui a accru les craintes que l’élection présidentielle ne se tienne pas dans les délais prévus par la Constitution.

En septembre, le « G7 », groupe de partis au sein de la majorité, a été exclu de la coalition au pouvoir après avoir engagé le président à respecter la Constitution.

Les neuf membres de la Commission nationale des droits de l’homme ont été désignés.

L’opération militaire Sokola 1 (« nettoyage » en lingala) menée par les autorités contre les Forces démocratiques alliées (ADF) s’est poursuivie dans le territoire de Beni (province du Nord-Kivu). On a assisté au début du mois de septembre à une recrudescence des attaques lancées par des membres présumés du groupe armé contre les civils alors que, pendant près de quatre mois, aucune n’avait été signalée.

À l’expiration de l’ultimatum adressé aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui avaient six mois pour déposer les armes, l’armée congolaise a lancé l’opération Sokola 2 afin de neutraliser le groupe armé dont les capacités militaires restaient, semble-t-il, largement intactes.

Après la nomination de deux généraux soupçonnés de violations des droits humains, la MONUSCO a décidé de mettre fin à sa collaboration avec l’armée congolaise dans le cadre de l’opération Sokola 2. Toutefois, les opérations militaires contre la Force de résistance patriotique en Ituri (FRPI) se sont, elles, poursuivies avec l’appui de la MONUSCO. En raison de la détérioration générale de leurs relations, ni l’armée ni la MONUSCO n’ont été en mesure de protéger correctement la population civile et on a assisté à la création de groupes d’autodéfense autoproclamés.

Liberté d’association et de réunion

Recourant à une force excessive, les forces de sécurité ont dispersé des manifestations organisées contre un projet de loi portant modification de la loi électorale, perçu comme une tentative de prolongation du mandat du président Kabila. Trente-six personnes au moins ont été tuées et plusieurs centaines d’autres arrêtées entre les 19 et 21 janvier. Deux dirigeants de l’opposition, Ernest Kyaviro et Cyrille Dowe, ont été appréhendés lors de ces manifestations et maintenus en détention au secret pendant 86 et 145 jours respectivement. Jean-Claude Muyambo, qui avait quitté la coalition au pouvoir après s’être prononcé publiquement contre l’éventualité d’un troisième mandat du président Kabila, a été arrêté le 20 janvier. Poursuivi en justice pour des motifs apparemment politiques, il était toujours en instance de jugement à la fin de l’année.

Le 15 mars, les forces de sécurité ont fait irruption lors d’une conférence de presse organisée par de jeunes militants dans la capitale, Kinshasa, à l’occasion du lancement d’une plateforme d’éducation civique, Filimbi. Vingt-sept personnes ont été arrêtées. Deux d’entre elles, Fred Bauma et Yves Makwambala, ont fait l’objet de graves accusations, dont celle de complot contre le chef de l’État, et se trouvaient toujours en détention à la fin de l’année1. Les rassemblements qui se sont déroulés en signe solidarité après les arrestations ont été systématiquement réprimés. Des manifestants ont été arrêtés arbitrairement et soumis à des actes de torture et d’autres mauvais traitements. Le 18 septembre, quatre militants du mouvement de jeunes Lutte pour le changement (LUCHA) ont été reconnus coupables d’incitation à la désobéissance civile en violation de leur droit de réunion pacifique.

Le 15 septembre, un rassemblement pacifique organisé par l’opposition à Kinshasa a été attaqué par des inconnus. La police n’a pas protégé les participants.

Le 8 octobre, le maire de Lubumbashi a interdit toute manifestation politique publique dans la ville.

Liberté d’expression

La liberté d’expression a été fortement restreinte tout au long de l’année2. Les autorités ont pris pour cible des responsables politiques et des militants qui s’étaient mobilisés de façon pacifique contre les tentatives présumées du président Kabila de proroger son mandat et les retards pris dans l’organisation de l’élection présidentielle.

Vano Kiboko, ancien député de la coalition au pouvoir, a été arrêté et condamné après avoir suggéré lors d’une conférence de presse que la majorité présidentielle devait commencer à préparer la succession du président Kabila.

Cette année encore, les journalistes ont été victimes de manœuvres de harcèlement, de menaces et d’arrestations arbitraires, et la libre circulation de l’information était souvent bloquée.

Le 16 janvier, le signal d’émission de Canal Kin Télévision (CKTV) et de la Radio télévision catholique Elikya (RTCE) a été coupé après la diffusion par les deux médias de l’appel à manifester lancé par l’opposition. La RTCE a de nouveau pu émettre en juin, mais le signal de CKTV n’a pas été rétabli. La Radio télévision Lubumbashi Jua a été suspendue quand son propriétaire, Jean-Claude Muyambo, a quitté la coalition au pouvoir. La chaîne télévisée Canal Futur est demeurée fermée toute l’année.

Lors des mouvements de contestation du mois de janvier, l’accès à Internet et aux services de SMS a été suspendu par les autorités dans un souci apparent de contrôle de l’ordre public. Le signal de Radio France Internationale (RFI) a également été brouillé temporairement.

Cinq stations de radio suspendues en novembre 2014 après avoir relayé des informations sur des attaques des ADF le sont restées en 2015.

Arrestations et détentions arbitraires

Cette année encore, les arrestations et détentions arbitraires ont été très nombreuses. Beaucoup étaient le fait des services du renseignement. Les personnes arrêtées arbitrairement étaient souvent maintenues par la suite en détention au secret prolongée, sans être inculpées ou présentées à un juge, et sans pouvoir consulter un avocat.

Exactions perpétrées par des groupes armés

Les groupes armés ont continué de se livrer à des atrocités contre la population civile dans l’est du pays. Les ADF ont été responsables de nombreux homicides illégaux, de pillages, d’enlèvements ainsi que de viols et d’esclavage sexuel. Le 2 mai, des membres du groupe armé ont mené deux attaques à proximité de Mavivi (province du Nord-Kivu), faisant au moins 10 morts dans la population civile.

Au nombre des exactions perpétrées par les FDLR figuraient des homicides illégaux, des pillages et des viols, entre autres violences sexuelles. Les combattants du groupe armé ont également soumis des civils à des travaux forcés, les contraignant à travailler dans des mines et à transporter des biens pillés, des armes et des munitions.

La FRPI a été responsable de pillages de grande ampleur, de viols et d’autres violences sexuelles ainsi que d’homicides illégaux de civils. Les opérations menées contre le groupe armé ont provoqué des déplacements massifs de civils.

Violences faites aux femmes et aux filles

Les violences sexuelles à l’égard des femmes et des filles demeuraient très répandues, en milieu urbain comme rural, dans les zones de conflit comme dans celles non touchées par les hostilités armées. Par manque de moyens, il était toujours difficile d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces actes qui, dans la plupart des cas, bénéficiaient d’une totale impunité.

Enfants soldats

Tout au long de l’année, des groupes armés ont continué de recruter des enfants pour les utiliser en tant que combattants, gardes du corps, domestiques, messagers, cuisiniers, ou pour récolter les taxes imposées. Durant les huit premiers mois de l’année, le nombre d’enfants aux mains de groupes armés qui ont été libérés a été supérieur à celui enregistré sur toute l’année 2014.

Violences intercommunautaires

Le conflit opposant les Batwas et les Lubas s’est poursuivi toute l’année et a été à l’origine d’un nombre élevé de morts parmi les civils. Le 21 octobre, les deux communautés ont signé un accord de paix.

Responsabilité des entreprises

Les habitants du village de Kawama (Lubumbashi), expulsés de force en 2009, n’ont toujours pas pu obtenir justice et restaient privés de leur droit à réparation devant les juridictions congolaises. Les expulsions ont été menées par la police à l’aide de bulldozers appartenant à la compagnie minière Entreprise générale Malta Forrest (filiale du groupe belge Forrest International), concessionnaire du site situé à proximité du village. La compagnie a continué de nier toute responsabilité dans ces expulsions. Un recours formé contre la décision de justice était en instance à Lubumbashi.

Impunité

Le système judiciaire souffrait toujours d’un manque criant de moyens pour traiter toutes les affaires de crimes de droit international. L’impunité persistante dont jouissaient les auteurs de crimes commis dans le passé a favorisé de nouvelles atteintes aux droits humains perpétrées par des groupes armés et l’armée congolaise contre des civils.

L’armée congolaise serait responsable d’une attaque menée en février contre la ville de Matukaka, au cours de laquelle plus de 10 civils ont été tués. Bernard Byamungu (809e régiment) a été arrêté en février à la suite d’une offensive similaire lancée en octobre 2014 contre des civils des villages de Tenambo et de Mamiki. Selon les informations reçues, il était toujours détenu par l’armée à la fin de l’année.

Le chef de la FRPI, Cobra Matata, a été arrêté en janvier. Il a été inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment de recrutement d’enfants, par le procureur militaire.

On a appris en mars que plus de 400 corps auraient été ensevelis dans une fosse commune située en périphérie de Kinshasa. On pensait que certaines dépouilles étaient celles de victimes d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées. Aucune enquête sérieuse, indépendante et digne de foi n’avait été conduite à la fin de l’année3.

En septembre s’est ouvert le procès de 23 membres des ethnies bantu et batwa jugés par la cour d’appel de Lubumbashi pour génocide et crimes contre l’humanité. C’est la première fois que des personnes accusées de crimes de droit international comparaissaient devant une juridiction civile dans le pays.

Autre avancée dans la lutte contre l’impunité : l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté une loi portant mise en œuvre du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, en juin et novembre respectivement. Le texte définitif, qui devait être promulgué le 2 janvier 2016, prévoyait la peine capitale pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide.

Conditions carcérales

Les conditions carcérales étaient toujours extrêmement dures. La malnutrition, l’absence de conditions d’hygiène minimales, les maladies infectieuses et le manque de soins médicaux ont provoqué la mort de plusieurs dizaines de prisonniers. Les lieux de détention étaient en surcapacité totale et l’administration pénitentiaire manquait cruellement de fonds.

Défenseurs des droits humains

Cette année encore, des défenseurs des droits humains et des militants ont été la cible de manœuvres d’intimidation, de menaces, d’arrestations arbitraires et de mauvais traitements. Certains ont également été placés en détention secrète sans contact avec le monde extérieur.

Christopher Ngoyi, un défenseur des droits humains qui travaillait sur le recours excessif à la force par la police lors des manifestations de janvier, a été arrêté et détenu au secret pendant 21 jours. À la fin de l’année, il était toujours en détention dans l’attente de son procès.

Des mouvements de jeunes œuvrant dans les domaines de l’éducation civique et de la gouvernance ont été pris pour cible. Trois jeunes, associés aux organisations Filimbi et LUCHA, ont été arrêtés arbitrairement, puis détenus au secret avant d’être relâchés sans inculpation.

Le 18 septembre, une décision finale a été rendue dans l’affaire du double meurtre du défenseur des droits humains Floribert Chebeya et de son chauffeur, Fidel Bazana. Le policier Daniel Mukalay, reconnu coupable mais avec des circonstances atténuantes, a été condamné à 15 ans de réclusion. Quatre autres policiers ont été acquittés.

Justice internationale

Le chef des ADF, Jamil Mukulu, a été arrêté en Tanzanie en avril. Extradé vers l’Ouganda le 10 juillet, il a été inculpé de meurtre, terrorisme, trahison, atteintes aux droits humains, enlèvement et recrutement de mineurs, pour des faits perpétrés en Ouganda et en RDC.

Le procès de Bosco Ntaganda s’est ouvert devant la Cour pénale internationale le 2 septembre. L’ancien général congolais devait répondre de 13 chefs d’accusation pour crimes de guerre et de cinq autres pour crimes contre l’humanité (dont le meurtre, le viol, l’esclavage sexuel, le recrutement forcé et l’utilisation d’enfants soldats) pour des faits qui auraient été commis en 2002 et 2003 en Ituri.

Deux responsables des FDLR, Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni, ont été jugés par une juridiction allemande en septembre. Les deux hommes ont été déclarés coupables d’avoir été à la tête d’une organisation terroriste, et Ignace Murwanashyaka a été condamné pour crimes de guerre.

En dépit d’une opération militaire en cours contre les FDLR, Sylvestre Mudacumura, commandant présumé de sa branche armée, était toujours en fuite.

RDC. Libérez les défenseurs des droits humains (communiqué de presse, 18 mars)
Ils sont traités comme des criminels : la RDC fait taire des voix discordantes (AFR 62/2917/2015)
RDC. Les autorités doivent travailler main dans la main avec la MONUSCO afin qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur une fosse commune (AFR 62/1414/2015)

08/25/16

L’EXTERMINATION DES CONGOLAIS EST À LA FOIS PLANIFIÉE ET SYSTÉMIQUE

L’analyste politique Jean-Pierre Mbelu souligne comment l’affaire de la fosse commune de Maluku est liée à la guerre perpétuelle menée contre le Congo, décrypte le processus systémique d’extermination des congolais, analyse la perte de sens de la vie par une partie des populations congolaises, et explique pourquoi les congolais doivent ouvrir le bon œil et organiser la résistance au-delà des divisions partisanes.

Sur le lien entre l’affaire la fosse commune de Maluku et la guerre contre la RDC
La communication du régime peine à convaincre parce que ce régime est fondé sur les anti-valeurs et beaucoup plus particulièrement sur la mort, la cupidité, le mépris des gens et l’instinct de domination.
Les fosses communes, qu’on retrouve à Kinshasa mais aussi au Katanga, à Kananga, à Mbuji-mayi, à Kisangani, ou dans d’autres coins du Congo, ne peuvent être bien approchées et bien comprises que si elles sont replacées dans le contexte général de la guerre perpétuelle qui est menée contre le Congo depuis 1996.
Cette guerre tient à détruire les symboles sociaux et culturels du Congo. Les responsables des villages sont tués, les religieux qui constituent références pour nos populations sont massacrés, nos villages sont désertés, les femmes et même les enfants sont violés, les hommes sont ridiculisés en face de leurs femmes et de leurs enfants.
Il y a cette guerre menée contre les congolais du point de vue psychologique, du point de vue culturel, du point de vue social et cette guerre tient à détruire chez les congolais et les congolais et congolaises toute velléité de résistance contre l’ordre néolibéral et raciste que ceux qui ont orchestré cette guerre là tiennent à imposer aux congolais.
Voilà ce qui se passe : Comme les symboles protecteurs du Congo sont détruits, surtout dans l’arrière pays, les populations congolaises désertent les villages, qui sont après occupés par les nègres de service de l’ordre néolibéral. Ces populations vont ensuite s’entasser dans les cités et bidonvilles et là ils tombent dans l’anonymat. Ils y souffrent de la faim, de l’indifférence et de différentes malades. Ils peuvent y mourir dans l’indignité.
Sur la justice au Congo
Dans ce pays, depuis la guerre de l’AFDL, les tribunaux n’ont jamais et n’ont pas encore jugé les criminels de guerre.
Pour pouvoir mettre fin à cette guerre perpétuelle, il avait été prévu que l’on crée au pays la commission vérité et réconciliation. Nous, nous la dénommons la commission justice, vérité et réconciliation. Cette commission n’a jamais vu le jour.
A la publication du rapport Mapping, il a été prévu qu’on puisse créer au Congo des chambres mixtes pouvant aider le pays à exercer la justice à l’endroit des criminels de guerre et criminels contre l’humanité. Les chambres mixtes n’ont jamais vu jour.
Si aujourd’hui, Mende cherche à nous convaincre que toute la vérité et toute la justice pourront être faites sur les fosses communes de Maluku, croire en ce qu’il dit, c’est se leurrer. Nous avons affaire à un régime mortifère, à une association de malfaiteurs impliqués dans l’imposition du système néolibéral aux populations congolaises. Leurs discours participent de l’instauration de ce système au Congo.
Sur l’extermination des congolais
Si nous ne faisons pas attention, nous allons disparaître comme peuple. Nous sommes là depuis 1996 en face d’une planification systématique de l’extermination des congolais. Tous les moyens sont possibles pour exterminer les congolais, balkaniser le pays, l’offrir aux agents du néolibéralisme et aux autres racistes qui tiennent à effacer les traces des congolais de cet espace géographique.
Nous devons faire très attention, l’extermination des congolais est à la fois planifiée et systémique. C’est avec la guerre de l’AFDL que cette extermination s’est intensifiée mais il faut se rappeler que pendant « la colonisation », il y a eu au moins 10 millions de congolais qui ont été tués.
Il y a derrière tout ce qui est en train de se passer au Congo beaucoup de racisme, beaucoup de mépris à l’endroit des congolais et aux efforts qu’ils sont en train de déployer pour devenir un peuple libre , capable de s’autodéterminer et vivre dans un pays souverain. C’est contre cela que le régime agit, et qui dit régime dit petites mains de l’ordre ultralibéral.
Sur la perte du sens de la vie
Il est en train de se passer dans notre pays, quelque chose de trop grave. On va montrer à nos populations comment, dans les morgues de certains hôpitaux, une partie de notre population meurt dans l’indifférence. Et le peuple congolais est en train d’être classifié par les peuples indigents, mendiants, qui peuvent mourir dans l’indignité et l’indifférence. Or, on ne cesse de nous dire qu’au Congo, la croissance est à deux chiffres. Avec ces morts qu’on entasse, cette histoire de croissance à deux chiffres se révèle être un mensonge cousu de fil blanc. Mais il y a pire, avec ces morts que l’on entasse et que l’on va jeter dans les fosses communes, le congolais moyen a perdu tout sens du respect de la vie et de la mort. C’est ce que ce régime est en train d’étaler au grand jour. Pour les congolais, africains de surcroît, qui ont appris à enterrer leurs morts dans la dignité, tomber dans ce qui se passe maintenant, commencer à parler des indigents, commencer à parler des mendiants qui meurent dans l’indifférence générale, c’est un mauvais signe. C’est signe que nous sommes sur une pente très glissante de l’extermination des congolais, mais aussi sur une pente très glissante de la perte du sens de la vie et du sens de la mort. Quand une bonne partie du peuple en arrive là, ce peuple est appelé à disparaître.
Le peuple congolais est un peuple brutalisé que le régime cherche à anéantir par tous les moyens.
Ces méthodes brutales, qui conduisent à l’extermination de notre peuple, vont davantage être utilisées. Et à l’approche de 2016, il n’est pas exclu que la politique de la terre brûlée puisse être utilisée au Congo.
Le danger est sérieux, l’extermination planifiée et systématique est mise en place. Nous devons pouvoir ouvrir l’œil et le bon. Et arriver à pouvoir dépasser tout esprit partisan pour créer des mouvements de résistance qui s’inspirent des grandes luttes que nos ancêtres ont mené, de l’esclavage à l’indépendance en passant par la colonisation.
Sur le mode de fonctionnement du régime au Congo
Si nous remontons au rapport Kassem de 2002 et au fonctionnement du réseau transnational de prédation au Congo, on se rend compte que, depuis toujours, il y a des réseaux de la mort qui fonctionnent pour que ce régime puisse tenir le coup. Mais nous pouvons tout simplement prendre comme exemple cette guerre. A un certain moment, nous oublions que plusieurs qui sont morts du régime actuel viennent des rébellions montées par les pays qui ont été utilisés dans la guerre contre le Congo.
Christopher Black a très explicitement écrit que le but de la guerre menée contre l’Ouganda et le Rwanda était de pouvoir arriver au Congo et que le Rwanda et l’Ouganda ont servi de tremplin. Dès que nous perdons de vue, le bien fondé de la guerre menée contre le Congo en 1996, nous n’arrivons plus à voir clair et nous avons tendance à prendre le régime actuel comme un gouvernement normal. Non, c’est un régime fondé sur la mort, la fraude, la tricherie et le mensonge, et pour se maintenir, il doit recourir à ces méthodes là.
Sur Kabila et l’approche de 2016
Kabila n’a pas de dauphin. Il va tout faire avec ses amis pour pouvoir truquer les élections locales et provinciales et trouver soit le moyen d’organiser un référendum qui reviendrait sur l’article 220 soit trouver un subterfuge qui lui permettrait de pouvoir se maintenir au cœur de son régime jusqu’après 2016.
Nous devons nous faire à l’idée que le soutien de certains de ses parrains ne lui a pas encore été retiré. La fin 2015 et le début 2016 risque d’être très tourmenté au Congo. Et Kabila est prêt à tout pour rester khalife à la place du khalife. Ce n’est pas pour rien que, selon certains bruits, Kabila aurait frappé à mort Apollinaire Malu Malu.
Les congolais doivent rester en éveil et comprendre qu’il faut aller au-delà de leurs esprits partisans, de leurs divisions pour arriver à créer un grand mouvement de résistance contre l’ordre esclavagiste, néocolonial et néolibéral qui tien à écraser et tirer sur tout ce qui bouge.

04/16/16

RD Congo – Les Clinton : Compte à rebours pour une apocalypse au Congo

La nouvelle n’a pas fait grand bruit, et pourtant elle devrait : Hilary Clinton est candidate à la présidence des Etats-Unis. Une information anodine mais qui pourrait être le point de départ des bouleversements géopolitiques catastrophiques dans la région des Grands Lacs. Pour rappel, c’est l’administration Clinton qui provoqua les deux Guerres du Congo derrière les présidents rwandais Paul Kagame et ougandais Yoweri Museveni, essentiellement autour de l’enjeu des gisements miniers congolais dont le coltan indispensable à la fabrication des nos téléphones portables. L’aventure meurtrière va causer la mort de six millions de Congolais, la moitié étant des enfants, et occasionner le viol de plus de cinq cent mille femmes. Si les temps ont changé, les objectifs stratégiques des Américains sur le Congo sont restés quasiment les mêmes, et ils sont terriblement nocifs. Le moins qu’on puisse dire est que les Clinton, en cas de victoire des démocrates en décembre 2016, reviennent à la Maison Blanche pour « finir le boulot ».

Ne nous berçons pas d’illusion : la justice pour les millions de morts du Congo et les centaines de femmes violées et contaminées, ce n’est pas pour demain. Le Congo est, au contraire, au point d’entrer dans les pires moments de son histoire. Autant on devrait être préoccupé pour les Irakiens en cas d’un retour des Bush à la Maison Blanche, autant il faut se préoccuper pour les populations congolaises en cas de retour des Clinton à la Maison Blanche.

Les objectifs des Américains sur le Congo

Lorsqu’éclate la Première Guerre du Congo en 1996, les Américains ont au moins trois objectifs stratégiques : chasser Mobutu et les Français de la région des Grands Lacs, prendre possession des gisements miniers de l’Est du Congo et entraîner le pays vers sa dislocation (balkanisation). Les riches régions de l’Est doivent être annexées au Rwanda de Kagame et à l’Ouganda de Museveni, ce que Herman Cohen va affirmer sans se gêner[1]. Les populations autochtones congolaises vont toutefois s’opposer aussi bien aux agressions contre leur pays qu’à l’occupation qui préparait son démembrement. Américains, Rwandais et Ougandais vont alors « faire simple » : cibler directement ces populations par des massacres, des viols et des déplacements forcés afin de briser leur sentiment national, tout en assurant la totale impunité aux généraux rwandais et ougandais qui organisaient ces atrocités. L’idée qui se dissimule à peine est qu’à force de massacrer ces populations, de les violer, de les chasser de leurs terres et de les humilier, elles finiraient par se persuader que le pouvoir de Kinshasa les a abandonnées et se soumettre, malgré elles, aux pouvoirs de leurs oppresseurs rwandais et ougandais[2]. Mais deux décennies plus tard, le projet peine à se réaliser. Les Congolais restent toujours attachés à l’unité de leur pays malgré les massacres qui se poursuivent en toute impunité, ce qui doit terriblement agacer les stratèges de la coalition américano-rwando-ougandaise.

Le retour des Clinton à la Maison Blanche va sûrement donner un coup d’accélérateur à ce projet inspiré de la stratégie du « chaos constructeur »[3]. Le malheur pour les Congolais est qu’ils ne disposent d’aucun moyen pour véritablement faire face. Ni les autorités actuelles de Kinshasa, ni l’armée nationale ne sont en situation de dissuader les Américains de relancer une nouvelle aventure meurtrière au Congo. Encore moins la Monusco (Mission des Nations unies au Congo).

Un Etat et une armée rongés de l’intérieur

Une nation ne peut efficacement faire face à une menace de l’extérieur que si elle est bâtie et structurée sur une solide cohésion intérieure. Sur ce point, le Congo, depuis l’arrivée de Joseph Kabila à la tête du pays, a créé toutes les conditions de sa propre vulnérabilité. Les Congolais découvrent année après année que l’homme à la tête de leurs institutions est, en réalité, un agent au service des pouvoirs tutsi/hima du Rwanda et de l’Ouganda, les deux pays par lesquels Américains et Britanniques organisent des agressions contre le Congo. Les Congolais découvrent également que ce qu’ils croient être leur « armée nationale » est en réalité une institution contrôlée par des généraux rwandais massivement infiltrés dans les institutions congolaises en application d’une série d’accords secrets entre Kabila et Kagame. Cette armée-là est si peu fiable qu’en dépit de la bravoure de nombreux soldats, au front, les Congolais sont une nation condamnée d’avance à des défaites face aux agresseurs rwando-ougandais. Ils contrôlent la hiérarchie de l’armée qui, sur ordre de Kigali ou de Kampala, sabotent sans état d’âme les opérations sur terrain. Cette armée-là ne protégera donc pas la population, et c’est le moins qu’on puisse dire.

Les amis du peuple congolais ?

Les Congolais peuvent-ils compter sur des pays amis ? Pas si sûr. Depuis la création du Congo en 1885, les puissances occidentales aiment le Congo pour ses richesses mais pas pour ses habitants, quelle que soit l’ampleur des massacres qui se déroulent dans le pays. Quant aux pays africains, trop peu ont les moyens et la motivation d’intervenir pour aider la population. En 2013, les soldats tanzaniens sont vigoureusement intervenus dans le Kivu pour chasser les hommes de Kagame. Mais il ne s’agissait pas de venir aider les populations congolaises. Il s’agissait, pour le président tanzanien Jakaya Kikwete de montrer ses muscles à Paul Kagame avec qui il était en conflit ouvert. Depuis, les Tanzaniens ont amorcé un processus d’apaisement avec le régime de Kagame. Les Congolais doivent donc inventer d’autres moyens de se protéger, ce qui n’est pas évident. Leurs propres autorités sont tellement impliquées dans les complots contre le Congo qu’elles n’attendent que le signal pour livrer le territoire national à l’ennemi et abandonner leurs populations à la merci des agresseurs, comme elles ont pu le faire à de trop nombreuses occasions[4].

Comment donc ce peuple peut-il se protéger contre la menace américaine puisqu’il ne peut même pas compter sur ses dirigeants ? C’est la question à laquelle il va falloir méditer d’ici au retour annoncé des Clinton à la Maison Blanche. Mais même si le Congo avait un Etat crédible et une armée solide, on ne l’imagine pas pouvoir faire face à la poussée destructrice des Américains. La destruction de la Libye de Kadhafi en 2011 et de l’Irak de Saddam Hussein en 2003 nous enseigne qu’il faut un autre niveau de capacités militaires pour dissuader les Américains.

La piste de Moscou ?

En désespoir de cause, on peut envisager le scenario d’une alliance stratégique entre le Congo et la Russie, la seule puissance à l’heure actuelle capable de tenir tête aux Américains. Mais une telle alliance est le produit de difficiles négociations entre chefs d’Etat. On n’imagine pas Joseph Kabila allant rencontrer Vladimir Poutine pour le prier de venir en aide aux populations congolaises dont la vie est maintenant menacée par les changements annoncés à la Maison Blanche. Non seulement les hommes de Kagame qui contrôlent les institutions de Kinshasa ne laisseraient pas Kabila faire venir les Russes au Congo, mais surtout les Russes ne sont pas dupes. Ils ne vont pas risquer la vie de leurs agents dans un pays où les autorités ont sciemment fait entrer les ennemis de leurs populations dans tous les rouages de l’appareil d’Etat. Il faudrait avant tout que les Congolais se débarrassent des infiltrés. Un casse-tête. La dernière fois qu’ils l’ont fait, le pays a sombré dans la Guerre, la Deuxième Guerre du Congo, le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre Mondiale. Et le président qui a fait partir les infiltrés, Laurent-Désiré Kabila, a été assassiné dans son palais[5]. On en est donc là.

Un pays est menacé dans son intégrité, des populations vont être massacrées, violées et chassées de leur terre, mais aucune mesure préventive n’est envisageable. Il faudra juste, au fil de la campagne présidentielle américaine, habituer les Congolais à l’idée que « la mort arrive ». Une fois de plus. Mais, curieusement, peu de politiciens de Kinshasa perçoivent la menace. Par opportunisme ou ignorance, ils sont nombreux à se rendre à Washington pour solliciter de devenir calife à la place du « calife Kabila ». Ils oublient naïvement que les Américains ne peuvent aider un dirigeant congolais à devenir « le prochain président » que si celui-ci souscrit à leurs objectifs stratégiques qui passent par le démantèlement du pays, le pillage de ses ressources et l’anéantissement de ses populations[6]. Si Dieu existe, c’est au Congo qu’il va falloir le loger dans la perspective du retour des Clinton à la Maison Blanche. A défaut, préparons-nous à visionner de nouvelles images macabres en provenance du Congo.

Boniface MUSAVULI

04/5/16

Oradour-sur-gagne, le Makobola congolais ?

Le mardi 10 juin 2014, en couvrant pour Réveil FM International le déplacement du Premier ministre Manuel valls à Oradour-sur-Glane, j’ai vu le village martyr et ce qu’un être humain épris d’une idéologie fasciste est capable de faire. J’ai été très ému et les larmes ont coulé de mes yeux. Le nom d’Oradour-sur-Glane reste attaché au massacre de sa population par la division SS Das Reich le 10 juin 1944. La petite cité est aujourd’hui divisée en deux entités, dont le centre de la mémoire constitue en quelque sorte le trait d’union : l’ancien village, conservé à l’état de ruine, qui témoigne des souffrances infligées aux hommes, femmes et enfants de cette petite bourgade, et le nouveau village, reconstruit quelques centaines de mètres plus loin.

A Makabola dans le Sud-Kivu, des civils ont été tués de manière délibérée et arbitraire, torturés, violés ou contraints à fuir leur foyer. Les Congolais doivent se souvenir de Makobola. Les Congolais ne doivent pas oublier Makabola. Doit-on pardonner sans la justice ? La justice est la colonne vertébrale d’un état de droit ! Qu’Alexis Tambwe Mwamba, Arthur Zaïdi Ngoma et d’autres congolais qui ont minimisé le massacre de Makobola sachent que l’histoire peut les rattraper.

10 juin, Freddy Mulongo, au Village martyr à Oradour-sur-Glane

Des groupes locaux de défense des droits humains avaient établi des listes recensant plus de 800 victimes présumées du massacre de Makobola. « Dans la nuit du 29 au 30 et 31 décembre 1998, plusieurs centaines de familles et autres personnes y compris les femmes, les enfants et les vieillards, ont été massacrés par les troupes rebelles du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) à Bangwe, Katuta et Kashekezi, trois localités qui forment le village de Makobola II dans la zone de Fizi à quelques 15 km au Sud d’Uvira. Certaines victimes, toutes congolaises, sont déjà connues, dont : Ndama-Rusangira, diacre catholique de la Diaconie de Makobola ; Godesenge plus un secouriste de la Croix-Rouge avec son épouse et ses cinq enfants ; Kinyamagoya, pasteur de l’Eglise Protestante à Makabola avec ses sept enfants ; Elanga Mushunguto, Chef d’équipe de la Croix-Rouge à Makobola avec son épouse et ses quatre enfants ; Malaki-Kitungano, secouriste de la Croix-Rouge à Makobola ; la famille Leta Magumu (onze personnes) ; la famille Nabigoberera (dix-huit personnes) ; M. Stongwa ; M. Maneno avec ses sept enfants ; M. Byaku Bongya avec son épouse et ses enfants ; Mme Malata avec ses deux enfants ; Mzee Bili Onyuma avec ses quatre enfants et quatorze petits-fils et trois belles-filles « . Combien sont-ils morts ? Au moment où cette ONG recevait ce message, « le secteur était fermé et interdit à toute circulation, même à l’administrateur civil nouvellement nommé par le mouvement rebelle. Le massacre a été commis par les combattants Banyamulenge dirigés par un commandant d’origine rwandaise, très connu à Uvira sous le sobriquet de Shetani (le diable en français).

Entre le 15 et le 20 octobre 1999, des soudards appartenant au Rassemblement « congolais » pour la démocratie (RCD-Goma), ont tué en public au moins 12 femmes, à Mwenga, dans la province du Sud-Kivu. Ces femmes étaient accusées de pratiquer la sorcellerie et de soutenir ainsi un groupe d’opposition armé appelé Maï maï (Eau eau), qui luttait contre le RCD. Certaines des femmes ont été enterrées vivantes après avoir subi d’atroces tortures, dont le viol. Parmi les victimes se trouvaient Everine Bitondo Lumini, Christine Safi et Musombwa Mbilizi.
Après avoir en un premier temps nié les faits, le RCD-Goma avait affirmé que ces femmes avaient été lynchées par des civils. Le RCD-Goma avait arrêté un commandant militaire de la région au motif qu’il n’avait rien fait pour prévenir les lynchages. Ce commandant figurait, semble-t-il, parmi les quelques dizaines de détenus qui s’étaient évadés de la prison centrale de Bukavu le 5 février 2000. À la connaissance d’Amnesty International, il n’avait été procédé à aucune autre enquête ni aucune autre poursuite dans cette affaire.
L’année 1999 avait débuté par l’un des plus importants massacres commis par le RCD-Goma et ses alliés rwandais et burundais à Makobola, dans le Sud-Kivu. Tout avait commencé le 30 décembre 1998, à la suite d’un affrontement armé ayant opposé le RCD-Goma et ses alliés à des combattants Maï Maï, et qui s’était prolongé pendant trois jours. Après le départ des Maï Maï, le RCD-Goma ainsi que les forces rwandaises et burundaises s’étaient pris à la population locale, tirant sur toute personne qu’ils apercevaient. Certains civils avaient été conduits dans des maisons et brûlés vifs. Parmi les victimes se trouvaient Amisi Wenia, un travailleur local de la Croix-Rouge, et son épouse, Nakamusenge Wenia, qui était décédée à l’hôpital d’Uvira des suites de brûlures : elle s’était réfugiée dans une maison à laquelle le RCD-Goma et ses alliés avaient mis le feu.

Conglomérat des seigneurs et criminels de guerre tous azimuts, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) est un mouvement criminel contre la République démocratique du Congo. Certains congolais ont donné une caution à ce mouvement criminel pour se retrouver à la mangeoire. Tuer, assassiner, piller, violer, n’a jamais posé problème aux seigneurs de guerre qui avec la Transition 1+4=0 ont été blanchis de leurs crimes en occupant des postes importants de la République.
RCD — Kisangani
En mai 1999, le président du RCD, Wamba dia Wamba(1), mis en minorité dans son parti décide de former son propre mouvement. Il s’installe à Kisangani et crée le RCD-Kisangani (on parle dès lors du RCD-Kisangani et du RCD-Goma, dirigé par Émile Ilunga Kalambo.

RCD — Mouvement de Libération (RCD-ML)
En août 1999, après la victoire de l’Armée Populaire Rwandaise contre les troupes ougandaises à Kisangani provoque le départ du président du RCD-Kisangani, Wamba dia Wamba, à Kampala (Ouganda) où il crée le RCD-Mouvement de Libération (RCD-ML) également connu sous l’appellation RCD¬Kisangani/Mouvement de Libération (RCD-K/ML). Son quartier-général était située à Bunia (RDC), dans la Province Orientale, à l’Est du lac Albert. Le RCD-ML formait une aile militaire, Armée du Peuple Congolais (APC), et recrutait alors des combattants dans les ethnies Nande et Hema, qui étaient formés dans les camps de Nyaleke à Beni et de Rwampara à Bunia.
L’APC était composée de bataillons de 500-700 hommes, dont les commandants étaient subordonnés directement à Wamba, simultanément Commissaire à la Défense et Président du mouvement. Parmi ceux-ci, le bataillon Usalama était déployé dans le secteur de Bunia. Au début 2000, avec le pouvoir croissant acquis par les dirigeants locaux du mouvement, Wamba créait une Unité de Protection Présidentielle (UPP), dont les membres étaient triés sur le volet et provienaient de l’ex-armée zaïroise et de déserteurs des Forces Armées Congolaises (FAC) du Président Kabila. Environ 2% des membres de l’UPP provenaient du Bas-Congo, région d’origine de Wamba.

Le mouvement s’était désagrègée et les défections étaient nombreuses. En juillet 2000, des Hema et Tutsis, membres militaires du RCD-ML, rejoignaient les milices Hema dans la brousse. Le mouvement s’était décomposée et donnait naissance au RCD-National, tandis que le reste du RCD-ML se regroupait au Nord de Goma et déplacait son quartier-général à Beni.
Le RCD-ML tentait de fusionner, en janvier 2001, avec le Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba pour former le Front de Libération du Congo (FLC), soutenu par l’Ouganda.
En 2003, le RCD-ML était dirigé par Mbusa Nyamwisi. Sa zone opérationnelle s’étendait sur les territoires de Beni et de Lubero avec son épicentre dans la ville de Butembo (au nord-est du Lac Edouard, Nord-Kivu).

RCD-Goma
Le 28 octobre 2000, Kalambo démissionnait et était remplacé à la tête du RCD-Goma par Adolphe Onosumba Yemba (ancien responsable du département des Relations extérieures du RCD) qui devenait président du RCD et chef suprême de ses forces armées. Le président du RCD présidait le Conseil Supérieur de l’Armée (CSA), créé le 3 novembre 2000.
L’Armée Nationale Congolaise-RCD (ANC-RCD) constituait le bras armé du RCD-¬Goma. Ses effectifs étaient estimés à 17 000 — 20 000 soudards issus de l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL), des Forces Armées Congolaises (FAC) et de Rwandais dont les unités étaient stationnées au Kivu en 1998. Elle a toujours été soutenue le Rwanda, pays agresseur de la République démocratique du Congo.

Le CSA avait autorité sur l’état-major général de l’ANC-RCD, qui était dirigé par le commandant Sylvain Buki, avec pour adjoints le commandant Malik Kijege, responsable des opérations et le commandant Gabriel Amisi (alias Tango Fort), responsable de la logistique.
Ce changement avait donné l’occasion d’une restructuration du mouvement avec notamment la création d’un secrétariat général, dirigé par Azarias Ruberwa Manywa. Le RCD s’était doté de chefs de départements en majorité des Rwandais « pseudo-Congolais », parmi lesquels Bizima Karaha (Administration et sécurité du territoire), Moïse Nyarugabo (Justice, droits de l’homme et règlement des conflits), Joseph Mudumbi (Relations extérieures et coopération), Emmanuel Kamanzi (travaux publics et aménagement du territoire), le Commandant Jean-Pierre Ondekane (Forces Armées) et Kin-kiey Mulumba (Communication et Culture).

A la fin novembre 2002, le RCD-Goma avait nommé 9 généraux, 28 colonels et 48 lieutenants-colonels, en vue de la formation d’une armée congolaise unifiée qui regrouperait les forces armées gouvernementales et rebelles. Etaient promus au rang de général de division le président du RCD, Adolphe Onusumba, le chef d’état-major de l’ANC-RCD, Sylvain Buki, et l’ancien chef du Haut Commandement Militaire du RCD, Jean-Pierre Ondekane. Malik Kijege et Gabriel Amisi étaient nommés généraux de brigade.
Depuis 2003, le RCD-Goma est présidé par Azarias Ruberwa. Il est soutenu par le Rwanda, son pays d’origine.

RCD–Congo
Faction du RCD-Goma apparue en juin 2002, dirigée par Kin-kiey Mulumba.
RCD-National (RCD-N)
Faction dirigée par Roger Lumbala et issue du RCD-ML.